Historique du Sénégal
Au Sénégal, la tradition orale occupe une place importante car elle a permis de retracer l'histoire, le patrimoine et la tradition culturelle du peuple. Des familles de griots se chargeaient de la diffusion en recueillant des témoignages oraux et en transmettant la mémoire des lignées. Des voyageurs arabes et des écrivains ont aussi beaucoup contribué à nous éclairer sur cette riche histoire.
Malgré le fait que le Sénégal ait toujours été habité pendant plus de cent cinquante mille (150.000) années, il est cependant presque impossible de définir les liens entre les premiers occupants et la population actuelle.
La première structure politique au Sénégal fut le royaume Soninké de Ghana/Ouagadougou sur la rive Nord du Fleuve Sénégal au 4e siècle. A la fin du 8e siècle, l'Islam infiltra le Sénégal avec l'installation d'un groupe de marchands musulmans dans le royaume. Des guerriers musulmans finirent par détruire le royaume Soninké vers la fin du 11e siècle. Malgré cette invasion, le peuple du Ghana sis sur la rive Nord du Fleuve réussit quand même à conserver sa religion traditionnelle. Par contre, le royaume Tékrour installé sur la rive Sud du Fleuve Sénégal s'identifia aussitôt à l'Islam. Ainsi, ce nouveau royaume Tékrour remplaça le Ghana en devenant le centre traditionnel de commerce de grains, de l'or, des esclaves et du sel entre le Maghreb/l'Europe et l'Afrique Noire (« Bilad As-Sudan » pour les arabes et berbères) et par conséquent la porte d'entrée de l'Islam.
En fait, l'introduction de l'Islam au 11e siècle provoqua une majeure crise politique avec la destruction du royaume du Ghana, la faiblesse du royaume Tékrour et une fragmentation politique. C'est ainsi que beaucoup de petites entités politiques surgirent, notamment le royaume du Waalo, le premier état Wolof à naître en aval du Fleuve Sénégal. Un autre état, le Jolof, lui-même gouverné par les empires Soudanais successifs (Mali et Songhaï), réussit à dominer tout le centre et le Nord de la Sénégambie.
Vers le milieu du 15e siècle, le commerce atlantique commençait à fleurir avec l'introduction des chevaux, des armes à feu et de meilleurs traités de commerce. Par conséquent, les peuples côtiers réussirent à s'émanciper des empires dominateurs situés à l'intérieur du pays. Au début du 16e siècle, le Waalo, le Baol, le Cayor et le Fouta Tooro se détachèrent donc du Jolof pour devenir indépendants. Après les marins et commerçants portugais, les Anglais, Français, Hollandais et Curlanders s'adonnèrent à une compétition féroce pour s'approprier le marché des esclaves, du cuir, des tissus en coton, de l'or et de l'ivoire. Les forts et ports de Gorée, Saint-Louis, Albreda et Saint-James furent les principaux centres de transaction.
La compétition fut également féroce entre les rois sénégambiens car, à cette époque, la chasse aux esclaves et leur commerce furent leur principale source de revenus. Un tel commerce favorisa une très rapide flambée de violence dans cette région. Les leaders musulmans furent les seuls défenseurs de leur peuple. Ainsi, face à la réticence de leur aristocratie à embrasser la religion musulmane, ils se divisèrent en petites communautés pour continuer à déposer et discréditer les régimes traditionnels existants. Armés d'une ambition notoire et malgré leurs échecs successifs, ces leaders musulmans finirent par conquérir le Fouta Tooro, le Fouta Djalon et le Boundou. L'Islam fut de plus en plus perçu comme la seule alternative non seulement aux religions traditionnelles agonisantes qui ne pouvaient pas maintenir un ordre social décent, mais aussi à la domination coloniale rampante. Il n'est pas étonnant que lors de la conquête de la Sénégambie, les colonisateurs européens fussent confrontés à une farouche résistance de leaders musulmans très tenaces. C'est en ce moment précis que l'Islam fut assimilé à nationalisme et résistance à la domination coloniale.
L'introduction de l'Islam au Sénégal est un phénomène notoire car la nouvelle religion a bénéficié et profité de l'existence des religions locales. L'Afrique traditionnelle reconnaît un Dieu unique associé à des déités secondaires. Dieu n'étant pas directement impliqué dans la vie quotidienne, il n'est pas souvent nécessaire de lui donner un nom défini. Les Sérères l'appellent Roog et les Wolofs Ngeej (l'immensité). Ils croient à l'immortalité de l'âme qui est éternelle lorsqu'elle est re-énergisée à travers la réincarnation et les sacrifices. Etant donné que tous les évènements résultent d'un déséquilibre entre les énergies, les hommes peuvent changer ou modifier les évènements avec des actes. Selon cette vision optimiste, les actes et la foi sont inséparables et la religion est un contrat. Les masques et les statues ne sont pas du tout sacrés : ils sont simplement conducteurs d'énergie une fois activés. Seule la vie, ultime forme d'énergie, est sacrée. A l'exception des Joolas, le peuple sénégambien ne vénère pas d'objets mais préfère plutôt une forme d'adoration plus spirituelle. D'autres pratiques sociales comme la polygamie, la circoncision, l'économie politique orientée vers la communauté, etc. expliquent la facile conversion du peuple sénégambien à l'Islam.
En effet, l'Islam est devenu une alternative après que le peuple sénégambien découvrit que les religions traditionnelles ne peuvent point le protéger contre la violence et l'agression coloniale. La période d'esclavage fut particulièrement violente, mais celle de son abolition vers le mi 19e siècle fut encore plus violente. L'aristocratie fut obligée de conduire des raids dans les villages et campagnes pour survivre. A partir des années 1850, les confréries musulmanes commencèrent à utiliser des moyens de protection beaucoup plus efficaces. Sur le plan économique, elles commencèrent à s'adonner à la culture d'arachide. Les récoltes d'arachide générèrent beaucoup de revenus et un accès direct aux marchandises importées tels les armes à feu. Ce boom économique et social fut favorable aux marabouts qui ainsi contrôlèrent la plupart des communautés rurales. Même les autorités coloniales, contentes d'avoir des interlocuteurs enfin crédibles, finirent par accepter ce contrôle. L'Islam, entre temps, commença à influencer la politique moderne sous le règne colonial.
Par la suite, les régimes d'indépendance, impuissants face à cette situation, optèrent parfois de renforcer ce contrôle sur le plan national. L'Islam, devenu majeur facteur politique, menaça de rejeter le régime démocratique aussi bien que toutes les valeurs associées à l'Occident. Dans le souci d'écarter toute éventualité d'un échec de la solution islamique, les confréries auraient certainement fait de leur mieux pour parer à toute éventuelle division de la communauté musulmane et une rejection radicale de l'héritage occidental.
Le Christianisme, quant à lui, n'a pas eu la même influence sur les populations car il est la religion des colonisateurs européens. Par conséquent, son majeur obstacle fut non seulement d'être associé à l'ennemi, mais aussi de vouloir introduire des changements radicaux sur les sociétés africaines, au lieu de compromettre avec certaines valeurs existantes comme l'Islam l'a si bien fait. |